Invité d’honneur 2018

Guy Le Querrec, illustre photographe, membre de l’agence Magnum Photos, a accepté d’être l’invité d’honneur de « Mai 2018 – Le mois de la photographie ». Voilà des Rencontres Photographiques qui s’annoncent sous les meilleurs auspices. De beaux et grands moments de partage en perspective. Guy Le Querrec, ici au second plan avec Pascal Anquetil ( spécialiste du Jazz) lors de la présentation du dernier « reporters sans frontières » à l’agence Magnum Photos en décembre 2016 – (c) Dominique Gaul.)

Jazz de J à ZZ & Miles Davis

Présentation d’une sélection de 50 tirages argentiques originaux extrait du projet Jazz de J à ZZ et de 8 tirages argentiques originaux grands formats de Miles Davis

Musique de l’instant : musique de l’instantané.        Au-delà du jeu des mots, ou en-deçà, le jazz s’impose comme musique littéralement spectaculaire. Musique en tous sens à danser, qui fait mouvoir et s’exprimer les corps – de ceux qui la produisent comme de ceux qui l’écoutent. Les conversations le disent : on va « écouter » (ou « entendre ») Rampal, Menuhin ou Casals, et on ira voir Michel Portal, Miles Davis ou Cecil Taylor – ce n’est pas un hasard si les concerts de cet extrême improvisateur sont de plus en plus « parasités », envahis très délibérément par une chorégraphie proche du kabuki. Mouvement, action, travail, vie : entre ces mots, entre ces phases, les images circulent et témoignent d’une indiscutable continuité.

Loin du portrait posé-figé ou du « reportage » mis en scène, les Grands de la photographie de jazz ont pour la plupart choisi de suivre et d’enregistrer les très divers moments et visages des jazzmen, hors scène au moins autant que lorsqu’ils soufflent, chantent ou cognent, car ces à-côtés ou ces envers de l’improvisation en public ne participent pas moins décisivement du « produit » musical, de l’objet sonore final.

Ainsi Guy Le Querrec ne limite-t-il pas son travail, ses enquêtes et reportages aux limites – d’espace et de temps – d’un concert, d’une Jam session ou d’un enregistrement. Parce que, tout autant sinon plus que le temps d’un musicien a pu passer dans une école ou un conservAtoire, sa façon de manger, de boire, de fumer, de rire, de parler, de marcher, de voyager, de se regarder (juste avant d’entrer en scène), contribue au développement de sa musique et la nourrit. D’où une conception du « portait » individuel et du compte rendu d’événement qui montre la vie comme une musique et la musique en tant que vie.

Or celle-ci comme celle-là s’invente à plusieurs, se tisse des rapports entre joueurs, de ces regards échangés au sein des groupes – encore faut-il savoir ou oser y porter le nôtre. Où Le Querrec rejoint les meilleurs de ses « modèles », c’est sans doute dans ce qui ressemble à de la virtuosité mais qui n’est qu’un travail extrême de la sensibilité : aux moments les plus aigus, les plus exigeants, et peut-être les plus riches, de l’aventure-improvisation comme terrain d’action privilégié.

A l’instar des instrumentistes qu’il observe depuis quelque trente ans, le photographe doit alors maîtriser sa technique au point de pouvoir l’oublier tout à fait pour affronter une situation difficile et passionnante – là, des harmonies ou des rythmes complexes, ici des conditions de lumière imprévues – avec la plus vive imagination (image-en-action), avec la plus grande liberté. A travers divers rassemblements d’inventeurs de langages  dont il s’est fait une spécialité (au point d’y devenir, quatrième élément d’un trio ou sideman indispensable, une sorte d’improvisateur, voire d’arrangeur, du silence) comme, par exemple, la dizaine d’éditions du festival Banlieues Bleues (et son emblématique traitement du jazz comme une image) ou ces voyages en Afrique avec le trio (qu’il a

suscité) Aldo Romano – Louis Sclavis – Henri Texier dont le disque-livre Carnet de route garde la trace… Est-ce assez dire que Guy Le Querrec est lui aussi, de j à z, un grand soliste du jaZZ ?

Texte de Philippe Carles